Lorsqu’on parle effets spéciaux, on pense bien souvent fond vert. A juste titre puisque celui-ci accompagne les réalisateurs, les producteurs ou encore les acteurs dans la majorité des projets audiovisuels aujourd’hui. Pourtant, les améliorations technologiques ou encore le Machine Learning pourraient bien sonner le glas du fond vert. Véritable changement majeur, qu’apporterait-il au monde du cinéma ? Peut-on en espérer une arrivée prochaine ?

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Projetons-nous tout d’abord dans le passé. On pourrait penser que le fond vert s’est instauré avec le numérique dans les années 1980, cependant, celui-ci fut imaginé et utilisé bien plus tôt par 3 réalisateurs (Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan) en 1940 pour le film « Le voleur de Bagdad ».

Bien plus efficace aujourd’hui, un fond vert (ou fond bleu) permet l’incrustation d’acteurs dans des décors principalement réalisés par ordinateur à l’aide d’un procédé appelé « Chroma Keying » (Technique de post-production permettant la superposition de deux images (acteurs/décors) en se basant sur des teintes unies de couleurs différentes).

La recrudescence des effets spéciaux dans notre quotidien permet aux producteurs de vous proposer des expériences toujours plus spectaculaires. Lorsqu’un nouveau film ou une nouvelle publicité pointe le bout de son nez, vous pouvez être (pratiquement) certain qu’un bon vieux fond vert se cache derrière.

Après tant d’années de services, on pourrait donc penser que le fond vert est indissociable des effets spéciaux.

Et si on vous disait que celui-ci était sur le point de tirer sa révérence ?

Des solutions émergent pour se passer du fond vert sur le tournage.

Avec la progression fulgurante des nouvelles technologies, on peut s’attendre à une mutation profonde de nombreuses pratiques.

Dans le lot, un acteur semble bien décidé à transformer le monde de la réalisation cinématographique en mettant fin au fond vert tel que nous le connaissons aujourd’hui.

La caméra Lytro

Un article complet pourrait être dédié tant la technologie proposée par cette caméra est exceptionnelle et reflète ce qui nous attend dans le futur.

Premier point et non des moindres, la capture d’image : 755 mégapixels à 300 images par seconde. Impressionnant. A titre de comparaison, les meilleures caméras sur le marché actuel atteignent en moyenne, « seulement » 40 mégapixels.

L’important pour notre fond vert se trouve dans le fonctionnement global de la caméra. Pour situer la position exacte de tous les objets, celle-ci va se baser sur tous les angles des rayons lumineux entrants de la scène filmée. Par conséquent, il lui est possible de sélectionner n’importe quel objet ou être humain dans l’image, selon sa profondeur, sans trop de difficultés.

Il n’y a donc plus besoin d’utiliser un fond vert. La société éditrice de la caméra Lytro appelle ce procédé le « Depth Screen ».

Tout ne s’arrête pas là. La caméra Lytro possède les capacités d’enregistrer chaque plan dans un format brut. Cela permet en post-production d’en modifier, très rapidement, par exemple :

  • La perspective
  • L’ouverture
  • Le plan focal

La caméra offre également de nombreuses possibilités aux cinéastes. Une fois la séquence dans la boîte, il est possible à tout moment de modifier également la profondeur de champs ou le framerate, par exemple.

En permettant une gestion des paramètres très complète, tous les ingrédients sont là pour en faire une caméra virtuelle contrôlable en post-production. Une réelle plus-value signifiant aussi une intégration des objets 3D simplifiée puisqu’il est possible de connaitre précisément la géométrie de l’espace.

Afin d’avoir accès à toutes les fonctionnalités proposées par la caméra Lytro, l’entreprise fournit une suite de logiciels complète afin d’assurer la production et la sauvegarde des données (qui se trouvent être conséquentes).

Sur le papier, l’offre ne laisse pas insensible. Mais seuls quelques studios d’effets spéciaux ou de cinéma peuvent se targuer l’achat d’un tel équipement avec son prix de départ affiché à 125.000$.

Comme toute technologie avant-gardiste, elle reste inaccessible pour la plupart des acteurs de l’industrie mais le temps permettra sans doute dans un avenir proche au plus grand nombre de pouvoir bénéficier d’un tel produit.

EDIT : L’entreprise a malheureusement fermé ses portes en Mars 2018. A noter cependant que la technologie développée reste bien une réalité et sera sans nul doute exploitée dans le futur.

Le Machine Learning est aussi sur le coup

« Machine Learning », ce mot est apparu sur toutes les bouches ces derniers mois, et pour cause tant il remodèle notre société.

Finalement, qu’est-ce c’est ? On pourrait imager ce terme à un robot ayant la faculté « d’apprendre » via l’analyse de nombreuses données lui permettant ainsi de répondre à différentes problématiques à l’aide de puissants algorithmes.

En Novembre 2017, la presse nous dévoilait qu’une intelligence artificielle avait réussi l’exploit de créer sa propre intelligence artificielle encore plus performante. Google (toujours eux), est à la tête de cette avancée.

Au-delà de l’aspect sensationnel qui pourrait vous hérisser les poils, c’est une incroyable nouvelle pour l’évolution technologique.

Vous vous demandez alors quel rapport peut-il y avoir ici avec notre précieux fond vert. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Cette fameuse IA est calibrée pour reconnaitre son environnement. Elle peut donc reconnaître chaque sujet qu’elle voit et analyse.

Machine Learning fond vert

Crédits : Google Research

Développée pour répondre à de nombreuses problématiques actuelles, comme l’amélioration des véhicules autonomes, cela peut également profiter au monde du cinéma.

Si une intelligence artificielle arrive d’ores et déjà à déterminer les différents éléments du décor, qu’en sera-t-il dans quelques années lorsqu’elle sera intégrée nativement dans nos caméras ou nos logiciels de post-production ? Elle deviendrait une alternative crédible aux caméras Lytro vues précédemment.

Photoshop proposera bientôt une technologie similaire

Un nouvel exemple, bien moindre cette fois-ci, repose sur le logiciel de retouches Photoshop proposé par la suite Adobe. Ce dernier vous permettra prochainement de détourer automatiquement, à l’aide du Machine Learning et de son IA, des personnes et des animaux.

Detourage_photoshop_fond_vert

La sélection n’est pas encore parfaite mais a au moins le mérite de vous faire gagner un temps précieux. La technologie va s’améliorer. Il est donc plus que probable de penser que nos logiciels photo ET vidéo auront, dans les années à venir, la capacité de détourer n’importe quel élément du décor de façon automatique.

La fin du fond vert, qu’est-ce que ça changerait ?

Eh bien, ça changerait tout.

Malgré ses nombreux avantages pour l’incrustation et les effets spéciaux, tourner devant un fond vert n’est pas aisé et nécessite une réelle expertise. En prêtant une attention particulière à l’éclairage et au placement de votre sujet, vous ne rencontrerez aucun problème particulier sur un fond vert classique.

Cependant, lorsqu’il s’agit de mettre sur pied un setup complexe, c’est une toute autre histoire. On peut penser notamment au fond vert mobile, à l’utilisation d’un morphsuit, à l’intégration d’éléments de décor dans un studio fond vert… Parfois il est même nécessaire de recréer tout un environnement spécialement pour une scène.

Fond vert John Carter

Crédits : Film John Carter

Les nouvelles possibilités telles que les caméras Lytro ou le Machine Learning offriront la chance de se passer du fond vert et permettront de gagner un temps précieux sur l’organisation et la création des environnements. Une véritable révolution !

Lire aussi : Effets spéciaux : Les 11 préjugés que vous devez oublier.

Gain de performance sur la post-production

Bien que le processus de création ne sera pas affecté par la disparition du fond vert (quoi que), une tâche chronophage et redoutée par tous les artistes VFX le sera : la rotoscopie. Cela consiste à détourer image par image tous les sujets que l’on souhaite réintégrer dans un nouveau décor. Une seconde de film représente 24 images (en moyenne), imaginez la difficulté de la mission lorsqu’un film gros budget décide que la majorité de ses plans contiennent des effets spéciaux.

Sans compter également sur le fait que l’intégration des objets 3D sera facilitée grâce, notamment, à la technologie employée par la caméra Lytro.

Allons-nous pour autant pouvoir nous passer de fond vert ?

Pour l’instant, il a encore de belles années devant lui. Tout dépendra de la vitesse de démocratisation des différentes technologies proposées. Ce qui est certain, c’est qu’il arrive inexorablement à la fin de son histoire.

Et vous, quel est votre avis sur la question ? N’hésitez pas à nous en dire plus dans les commentaires. Nous serions ravis de partager avec vous 😉